Le régime des flexi-jobs s’apprête à connaître une évolution majeure. Malgré un avis réservé du Conseil d’État, le gouvernement poursuit son objectif d’étendre ce dispositif à l’ensemble des secteurs d’activité, tout en ajustant certaines règles relatives à la rémunération et au traitement fiscal. Une réforme qui pourrait renforcer l’attractivité du système tant pour les employeurs que pour les travailleurs.
Le principe du flexi-job
Le flexi-job permet à une personne d’exercer une activité complémentaire auprès d’un autre employeur, dans un cadre social et fiscal avantageux.
Trois catégories de travailleurs peuvent y accéder :
- Les salariés occupés au minimum à 4/5e chez un autre employeur
- Les pensionnés, sans condition d’activité préalable
- Les prépensionnés, sous réserve du respect de conditions spécifiques
Le dispositif repose sur deux niveaux contractuels : un accord-cadre qui fixe les modalités générales de collaboration, et des contrats de travail conclus pour chaque prestation.
Une extension progressive… vers une généralisation
Initialement limité au secteur horeca lors de son introduction en 2015, le flexi-job a progressivement été ouvert à d’autres domaines, notamment le commerce, certains services et des activités de proximité.
Une étape importante a été franchie début 2024 avec un élargissement significatif du champ d’application. Aujourd’hui, l’ambition est d’aller plus loin en rendant le système accessible à tous les secteurs, y compris dans le public, tout en tenant compte des spécificités liées aux professions réglementées, notamment dans les soins.
Cette extension ne signifiera toutefois pas une application uniforme. Le mécanisme d’opt-out serait maintenu :
- Les secteurs conserveraient la possibilité de limiter ou d’exclure le recours aux flexi-jobs
- La concertation sociale resterait déterminante dans la mise en œuvre
Vers une adaptation du flexi-salaire
Actuellement, la rémunération en flexi-job est plafonnée à 150% du salaire minimum applicable à la fonction ou du revenu minimum garanti, en incluant les primes et avantages.
Le gouvernement envisage de revoir cette règle afin de la rendre plus flexible. Le plafond serait calculé uniquement sur la base du salaire minimum, sans intégrer certains compléments obligatoires d’origine légale ou réglementaire.
Par ailleurs, une revalorisation importante est envisagée dans l’horeca, avec un plafond horaire qui pourrait passer d’environ 11,64 euros à 21 euros.
Le traitement fiscal
Le régime fiscal reste particulièrement avantageux. Les revenus issus d’un flexi-job sont exonérés d’impôt et de précompte professionnel, à condition qu’ils soient soumis à la cotisation patronale spécifique de 28%.
Pour 2026 :
- Les travailleurs non pensionnés bénéficient d’un plafond annuel de 18 440 euros ; au-delà, les montants excédentaires sont imposés comme des revenus professionnels ordinaires
- Les prépensionnés sont soumis à une limite annuelle fixée à 8 121 euros
- Les pensionnés ne sont, en principe, pas soumis à un plafond spécifique pour ce type de revenus
Des assouplissements prévues
Certaines règles actuelles pourraient être adaptées afin de faciliter l’utilisation du dispositif.
Parmi les évolutions envisagées :
- La possibilité pour un travailleur à temps plein d’exercer un flexi-job au sein d’une entreprise liée, par exemple au sein d’un même groupe
- La faculté, pour un intérimaire, de cumuler dans un même trimestre des missions en intérim et en flexi-job via une même agence, auprès d’utilisateurs différents
- Une modification du trimestre de référence pour les pensionnés, qui passerait de T-2 à T
Une évaluation prévue
Le dispositif fera l’objet d’un suivi structuré. Un an après l’entrée en vigueur des nouvelles règles, les commissions paritaires devront transmettre une évaluation au ministre de l’Emploi. Cette analyse portera notamment sur le volume de travail presté ainsi que sur les conditions de sécurité.
Entrée en vigueur : encore une étape
Un avant-projet de loi intégrant ces différentes mesures a été validé en deuxième lecture fin avril 2026. Le texte doit encore être adopté par le Parlement et publié avant de produire ses effets.
Un déploiement à nuancer
Même en cas d’adoption, la généralisation des flexi-jobs ne signifiera pas une ouverture automatique et identique dans tous les secteurs. Le rôle des partenaires sociaux restera central : certaines commissions paritaires pourraient encadrer strictement le dispositif, en limiter l’accès ou définir précisément les fonctions concernées, tandis que d’autres pourraient choisir de ne pas l’appliquer.
En pratique, il faudra encore un peu attendre car les effets concrets dépendront des futurs accords sectoriels et de leur transposition dans les conventions collectives. Les premières décisions en commissions paritaires sont vraisemblablement à attendre pour la rentrée scolaire en septembre.